QUESTIONS D’ÉDUCATION


LES MANIFESTATIONS ANXIOGÈNES CHEZ LE CHIEN

« Il a tout ». En effet, pour compenser ces longs mois derrière les barreaux d’un refuge, vous l’avez câliné, donné des friandises à gogo, un dodo confortable… mais dès que vous vous absentez, l’ingrat détruit, aboie, s’oublie. La destruction, les aboiements intempestifs, la malpropreté sont autant de comportements qui vous empoisonnent la vie. Pourtant, la plupart sont dus à une interprétation erronée des besoins de votre chien.
Votre représentation du bonheur diffère quelque peu de celle d’un chien, animal de meute, aux besoins propres à son espèce et à sa survie (voir ci-dessous).

Facile à dire, mais que faire face à ces comportements gênants ?
   1.Identifier le problème : Ennui, anxiété de séparation, insécurité et leurs manifestations
   2. Modifier les conditions de vie de votre chien

L’anxiété se traduit par des accès émotionnels envahissants qui démobilisent l’animal dans ses apprentissages. Elle peut être intermittente ou permanente et s’exprimer physiologiquement par des troubles digestifs (bâillements, ballonnements…) réponses aléatoires à des ordres acquis, humeur variable… Signes aisément repérables puisque personne ne connait mieux votre chien que vous.

Les chiens extériorisent leur mal-être à travers des comportements importuns :

– Aboiements : Votre chien exprime ainsi sa peur d’être seul. Il est programmé génétiquement pour vivre en groupe. Vous pouvez lui laisser un bruit de fond (radio), lui donner un jouet, un os à mâcher ou le mettre dans un endroit contenant et sécurisant pour lui, petite pièce, cage de transport… Le collier anti-aboiement, les calmants ou l’enfermement ne régleront que vos relations de voisinage, pas le problème de fond.

– Destruction : Si mâchouiller est un comportement canin normal, détruire relève de l’occupationnel et est un signe d’ennui. Le bon sens est de placer, hors de sa portée, les objets auxquels vous tenez et de lui en mettre d’autres qui ne craignent rien, à sa disposition.

– Malpropreté : C’est la manière dont les chiens se signalent à leurs congénères, même tout seul chez vous. Sortez-le assez souvent pour qu’il communique ses informations à l’extérieur, faites-le rencontrer d’autres chiens, faire du sport et pensez à la stérilisation, avant la maturité sexuelle. Et, quel que soit son âge, félicitez le outrancièrement, lorsqu’il fait ses besoins dehors.

Si votre chien a impérativement besoin d’activités, de socialisation, de stimulation de ses fonctions cognitives : mémoire, réactivité, stratégies, apprentissages… (pensez à l’agility, aux randonnées avec d’autres chiens…) il apprécie également le calme et le repos.

Les besoins fondamentaux d’un chien sont : se nourrir, se reproduire, être en sécurité, pouvoir fuir, chasser, garder, pister… Tous les chiens le font, du Yorkshire au Léonberg, même si en fonction de la race, leur aptitude les a spécialisés.

La promenade est un excellent dérivatif, surtout si vous rencontrez des congénères et lui laisser le temps de sentir (vaccins indispensables), de marquer son passage…

Si votre chien aime jouer à la balle, au frisbee, il assouvira son instinct de chasse (prédation) en poursuivant et rapportant l’objet.

Assurez-vous, avant de partir, que votre chien s’est soulagé, n’a pas faim et qu’il est bien dans son couchage, il se sentira en sécurité et plus enclin à se reposer.

Vous pouvez également associer à votre départ, un rituel, toujours le même, comme une phrase courte, un objet, un son…

Augmentez votre temps d’absence progressivement, 5 minutes, puis 10… et faites de faux-départs, de façon à ce que votre chien comprenne que vous reviendrez. A votre retour, récompensez-le généreusement s’il n’a pas fait de dégâts et dans le cas contraire, ignorez son comportement et recommencez l’apprentissage.

Et vous, que

DOMINANCE ET HIÉRARCHIE

« Mon chien est dominant, pourtant c’est moi le chef de famille, il doit m’obéir! »

Oui, mais non. Le sens du devoir n’existe pas dans les gênes du chien, toutes ses actions sont subordonnées au bénéfice qu’il en tirera, friandises, caresses, félicitations, promenades…

La confusion vient de ce que l’on interprète le comportement du chien, à travers nos références humaines et que notre brave toutou, n’agit qu’en fonction de réflexes ancestraux de survie.

Ainsi, la hiérarchie est un système, une représentation mentale propre aux humains qui se traduit par la capacité de schématiser la place de chacun, son rang et avoir conscience de soi, pour se comparer aux autres. Pensez à votre place au sein de votre famille, de votre travail, dans la société… Le chien en est incapable. Alors que la dominance est la manifestation concrète de la supériorité d’un animal sur un autre animal ou sur l’homme. Le dominé reconnaît le dominant comme supérieur à lui, il passera donc après et ne prendra aucune initiative sans l’assentiment du dominant..

Le loup vit en meute qui ne fonctionne que si une hiérarchie y est instaurée. La meute tire sa force et donc sa survie, du groupe. Les loups chassent ensemble, sortent ensemble, dorment ensemble… et si la socialisation d’un jeune est ratée, il est exclu du groupe et condamné à vivre seul, puisque les loups étrangers à la meute, ne sont pas acceptés.

Le chien, fruit de croisements entre plusieurs espèces, n’est pas un animal de meute, mais participe à un groupe familial et social. Avez-vous remarqué, si vous avez plusieurs chiens, que l’endroit où ils dorment est interchangeable et que lâchés, ils peuvent vaquer chacun de leur côté? Mais quand, plusieurs chiens ont levé un gibier et le pourchassent de conserve, ils agissent en meute.

Les chiens vivent dans le respect de chacun, en fonction de règles inhérentes à leur espèce et adaptent leurs comportements, dans le seul but d’éviter les conflits. C’est un compromis de tous les instants, car le chien est opportuniste et sa survie dépend de l’espace, de l’alimentation, de la sécurité. D’où les signaux d’apaisement et de dominance qui sont, à travers le langage corporel, des informations sur leurs propres limites. Mais, contrairement à la meute de loups, ce qui est vital pour un chien (nourriture, panier, jeu…), peut n’avoir aucune importance pour un autre. La stabilité du groupe s’établira, si les membres le composant respectent ce postulat de base. Lorsque ce n’est pas le cas, l’équilibre est rompu et il y a risque de dominance.

La base de toute stabilité est le langage corporel, car par nature, un chien prévient un congénère qu’il empiète sur son espace vital, si l’intrus persiste, des grognements sont échangés, le message est clair, l’écart entre les chiens est restauré. Vous avez tous remarqué comment se comportaient des chiens partageant un jeu. Lancez le jouet, l’un se précipite, mais regarde du coin de l’œil l’attitude de ses camarades de jeu. Si un copain a l’air menaçant, le premier lui laissera la place ou ne s’emparera du jouet qu’avec la bénédiction du second. Au bout de quelques lancés, les rôles sont distribués et le risque de conflit, limité.

En jouant, les chiens partagent l’espace en tenant compte du périmètre de sécurité de chacun, espace nécessaire, inhérent à chaque chien pour qu’il ne se sente pas menacé. Chacun signale son état d’esprit à ses congénères et les prévient de tout débordement, le plus souvent par une attitude ou des grognements expressifs.

Attention, lorsque des chiens jouent ensemble, un chiot pourrait être durablement traumatisé si un autre chien ne respectant pas cette règle, l’attaquait. De même, plusieurs chiens vivant sous un même toit repèreront très rapidement les préférences de chacun, notamment la place occupée ou la préséance, quant à la distribution des gamelles ou la possession d’un jouet. Cette capacité est garante de bonnes relations et de socialisation.

Tout ce que fait un chien est dicté par l’éducation qu’il a eu, chiot, de sa mère et de l’expérience qu’il acquiert, en grandissant, en côtoyant d’autres chiens. Le gros souci qui compromet la socialisation, est lorsque le chien n’a pas les codes sociaux permettant à chaque individu de comprendre instantanément, le comportement de tout congénère rencontré. C’est le cas pour les chiots retirés prématurément à leur mère, avant 8 à 9 semaines ou dont la mère n’a pu remplir son rôle pédagogique et protecteur.

Gardons à l’esprit que la période de socialisation du chiot, s’étend environ de 3 semaines à 3 mois et que, à partir de 7 semaines, les expériences doivent être positives, pour que la socialisation soit réussie.

Un chiot arrive chez vous à l’âge de 2 mois, vous l’élevez en tant qu’humain, de façon à ce que votre vie commune, soit le plus agréable possible, surtout pour vous. Titan grandit, devient un beau mâle de 6-7 mois, non castré car vous n’aimeriez pas que l’on touche à sa (votre?) virilité

Mais comme vous appréhendez les conflits entre chiens, vous évitez les rencontres, tout contact. Or, l’hypostimulation provoque chez le chiot, des réactions de peur à chaque stimulus perçu comme menaçant. Ne sachant interpréter les informations visuelles, auditives, olfactives et phéromonales, il peinera à communiquer et mettre en place les rituels communs à son espèce. Et si un chiot, puis l’adulte qu’il devient a un comportement inadapté, ses congénères commenceront par grogner, le poil hérissé, puis n’hésiteront pas à punir l’importun. Si, cela ne se passe pas ainsi, « l’agressif » se sentira tout puissant et n’aura aucune raison de maitriser ses pulsions. Les chiens développant ce genre de trouble, ne sont pas dominants, car pas naturellement respectés dans le groupe. Ils sont, en fait, anxieux et mal socialisés. De même, un chien dominant n’est pas agressif, sinon il agirait spontanément, brusquement et toujours sans prévenir.

Observez un groupe de chiens, la dominance ou la soumission est ponctuelle, en fonction de la situation. Ce sont des postures de menace ou d’apaisement permettant la communication et préservant la stabilité du groupe.

Il en est de même avec vous. Votre chien monte sur le canapé, il grogne quand vous vous approchez de son écuelle, il passe les portes devant vous…

Comment réagissez-vous ? Merci de nous le faire savoir, vos réponses et commentaires feront l’objet d’un prochain article.

Elisabeth Chanal Club Canin Romorantin